Surréalisme, l'histoire d'un grand mouvement artistique

Techniques d'écriture surréalistes

Techniques d'écriture surréalistes

Dès 1913, André Breton, père du surréalisme, expérimente avec l’écriture automatique, procédé qui caractérisera l’écriture surréaliste, en cherchant à laisser la voix de l’inconscient s’exprimer sans bornes et sans logique.

Les récits de rêve, les cadavres exquis et l’écriture sous hypnose sont toutes d’autres techniques utilisées par les surréalistes pour mêler le hasard et l’inconscient à l’écriture.

Écriture automatique

Pratiquée par la plupart des écrivains surréalistes, l’écriture automatique consiste à laisser champ libre à son cerveau, notant toute pensée spontanée sur du papier avant que la logique ne s’en empare et ne la reformule. Le plus passif est l’écrivain, le plus l’écriture sera automatique — c’est du moins ce qu’affirme Breton, qui expérimente avec ce procédé dès 1913, soit presque une dizaine d’années avant les débuts du surréalisme. Son texte Les Champs magnétiques, publié en 1920, a par ailleurs été presque complètement rédigé selon le procédé d’écriture automatique.

Intimement liée à l’intérêt que porte André Breton à la psychanalyse et aux théories de Freud, l’écriture automatique doit faire parler le subconscient, et même l’inconscient, avant que le sur-moi, portion psychique de chaque homme sujette aux pressions et restrictions sociales, ne s’en empare.

L’écriture obtenue, parfois transcendante, n’en reste pas tout du moins sans un côté absurde, qui défie la logique. En ce sens, elle se rapproche du ‘Pataphysique d’Alfred Jarry, science théorisant la reconstruction du réel dans l’absurde. Jarry, tenu en haute estime par les surréalistes, et surtout par André Breton — qui a déclaré que le dramaturge était un véritable surréaliste, par sa consommation d’absinthe mais aussi par sa vision du monde — n’est pas si loin des surréalistes dans son écriture volontairement absurde, qui affirme par exemple que : « Dieu est le plus court chemin de zéro à l’infini, dans un sens comme dans l’autre ».

Récits de rêve et écriture sous hypnose

Comme l’écriture automatique, les récits de rêve, sous hypnose, ou bien encore sous influence (de drogues, d’alcool) visent à éliminer le plus possible le contrôle du flux de l’écriture. L’écrivain se retrouve donc complètement illimité dans ses possibilités. Plusieurs auteurs surréalistes, encore une fois intrigués par les théories psychanalytiques de l’époque, se sont intéressés au lien entre les récits de rêve et le « fil conducteur » les liant à la réalité.

Cadavre exquis

La seule règle de cette technique d’écriture ludique, largement reprise aujourd’hui comme jeu, dans tous les contextes, est de suivre la formule grammaticale suivante : nom, adjectif, verbe, complément d’objet direct, adjectif.

Sur une feuille pliée, où les participants ne peuvent voir le mot inscrit par le joueur précédent, ils doivent inscrire un mot de leur choix, qui respecte l’ordre indiqué plus haut. Des phrases loufoques sont ainsi obtenues, telle que celle qui donna son nom au jeu (« Le cadavre exquis boira le vin nouveau ») ou bien encore : « Le pain blanc secouera le sein oblong qui rit ». Ce dernier cadavre exquis est également l’un des premiers obtenus : lors de la première rencontre des surréalistes où le jeu est pratiqué, sont présents entre autres André Breton, Jacques Hérold, Victor Brauner, Yves Tanguy, Benjamin Péret et Elsie Houston.

Derrière ce « hasard objectif », en apparence inoffensif, se cache bien évidemment une réflexion esthétique plus poussée : en opposition à l’écriture automatique, où l’écrivain joue seul avec son inconscient, et qui se rapproche donc de la psychanalyse, le cadavre exquis permet à la fois une réelle intrusion du hasard dans l’écriture ainsi que la découverte, purement poétique, de nouvelles associations de mots impensées.

Des techniques qui traversent les médias

L’automatisme, la place du hasard et de l’inconscient ne sont pas des caractéristiques exclusives à la littérature surréalistes : elles se retrouvent également dans tous les autres types d’art que touche ce mouvement. L’écriture automatique trouve son équivalent dans le dessin automatique, pratiqué par exemple par André Masson, peintre français des années 1920-50. Le cadavre exquis, également, est aussi bien pratiqué avec des mots qu’avec des parties du corps ! Les collages de Max Ernst ou les œuvres photosensibles de Man Ray rappellent également l’aspect rapiécé du cadavre exquis.

Citation par Joan Miro

“Ce qui compte, ce n'est pas une oeuvre, c'est la trajectoire de l'esprit durant la totalité de la vie.”
Voir plus de citation par Joan Miro

Dali
© Toute reproduction est strictement interdite