Surréalisme, l'histoire d'un grand mouvement artistique

Cinéma surréaliste

Cinéma surréaliste

Sans logique narrative et sans dimension spatiotemporelle, les films surréalistes ont révolutionné le monde du cinéma, encore très jeune en 1930.

Rassemblant des figures d’importance comme Luis Buñuel, Salvador Dalí et Germaine Dulac, le cinéma surréaliste a eu une influence dont on ne peut même pas mesurer la portée sur le cinéma du 20e siècle.

Le 9 février 1928, le Studio des Ursulines, à Paris, projette La Coquille et le Clergyman, un moyen métrage réalisé par Germaine Dulac. L’objectif du dramaturge Antonin Artaud, qui signe le scénario, est de transposer le spectateur dans un monde onirique, grâce à un esthétisme puissant. Cette esthétique, selon Artaud, ne peut pas se contenter de se retrouver seulement dans les effets visuels ; le film doit être onirique dans le fond autant que dans la forme, à la fois dans la structure, le scénario et la direction artistique. Résulte de cette théorie le premier film surréaliste, une œuvre qui ne se base pas sur la narration : à l’époque où le cinéma narratif et burlesque de Buster Keaton et des Frères Marx règne en maître sur le monde du cinéma international, un film où l’image et le concept prisent sur le scénario est déjà une large révolution.

Un chien andalou

Un an plus tard, le 6 juin 1929, Luis Buñuel et Salvador Dalí signent Un chien andalou. Le film est immédiatement reconnu et légitimé par les surréalistes comme rejoignant le mouvement. Encore une fois sans structure narrative apparente, Un chien andalou mêle le monde du rêve à la réalité sans les différencier. Les scènes, parfois absurdes, et parfois non, s’y succèdent, avec un mince fil conducteur (personnages et lieux récurrents). Avec pour thème les relations violentes entre un homme et une femme, le film laisse une large place à l’interprétation : fourmis, pianos et ânes morts apparaissent et disparaissent, et c’est au spectateur seul de s’approprier ces images. Écrit sur le modèle du Cadavre exquis, il n’a fallu à Buñuel et à Dalí que 6 jours pour composer entièrement le scénario d’Un chien andalou.

À la grande surprise de Buñuel et de Dalí, Un chien andalou reçoit nombre de critiques positives et ne génère ni violence, ni insurrection. À la grande première assistent Picasso, Le Corbusier, Jean Cocteau, ainsi que le groupe entier des surréalistes d’André Breton. Dalí et Buñuel reçoivent une commission du riche vicomte Charles de Noailles, pour réaliser une suite à ce film sans précédent. C’est donc à peine un an plus tard, le 28 novembre 1930, que les deux cinéastes récidivent et produisent l’Âge d’or. Le film, beaucoup plus violent, imprégné de pessimisme, d’humour noir et même de passages du Marquis de Sade, est rapidement interdit par la commission de la censure. Selon le journaliste Freddy Buache, c’est tout de même l’un des films les plus importants à être produit : « Luis Buñuel a jeté avec L’Âge d’or le seul vrai cri, le plus inimitable hurlement en faveur de la liberté humaine de toute l’histoire du cinéma. »

La majorité des experts soutiennent que le cinéma surréaliste meurt en 1930, avec Le Sang d’un poète, de Jean Cocteau. Malgré tout, et comme dans tous les autres domaines de l’art, l’influence du surréalisme sur ce qui est à venir dans le monde du cinéma pour le reste du 20e siècle est immesurable. D’aussi grands cinéastes que Federico Fellini, Alejandro Jodorowsky et David Lynch travaillent, à la manière du surréalisme, avec le rêve et la psychologie du subconscient dans leur œuvre. Le cinéma d’animation, le cinéma fantastique et une large part du cinéma des pays de l’Est ont beaucoup d’influences surréalistes. Finalement, l’innovation que représente le cinéma dysnarratif ne disparaîtra jamais du monde du grand écran, apportant à l’époque, et aujourd’hui encore, d’une certaine façon, la seule résistance possible au cinéma large-public, suivant une structure narrative précise, produit par Hollywood.

Film surréaliste

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Auteur Juliette Périers-Denis Rédaction
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Citation par André Breton

“Aucune vérité ne mérite de demeurer exemplaire.”
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