Surréalisme, l'histoire d'un grand mouvement artistique

L’Âge d’or, l’audacieux pari de Dalí et Buñuel

L'Âge d'or

Le film L’Âge d’or, réalisé par Luis Buñuel et scénarisé par Salvador Dalí, qui sort le 28 novembre 1930, marque selon certains experts l’apogée du cinéma surréaliste.

Néanmoins, à l’époque où il sort, L’Âge d’or ne fait pas l’unanimité et est sujet à de violentes critiques, ainsi qu’à la censure.

Après le succès d’Un chien andalou, premier film sur lequel Buñuel et Dalí ont travaillé ensemble, les deux artistes reçoivent un cachet du vicomte Charles de Noaille et de sa femme Marie-Laure, sympathisants du surréalisme, pour produire un second film. Celui-ci, qui doit se nommer La bête andalouse, se veut explicitement la suite d’Un chien andalou. De fil en aiguille, le projet se transforme, et aboutit à L’Âge d’or.

Synopsis de L'Âge d'or

En soi, L’Âge d’or rappelle quelque peu Un chien andalou : le synopsis, aussi rudimentaire et effacé soit-il, tourne également autour de l’histoire d’amour étrange d’un homme et d’une femme ; la ligne narrative est déconstruite, voire carrément oubliée, le film s’ouvrant sur un documentaire sur les scorpions et se terminant par une interprétation d’un texte du Marquis de Sade. Le film, empreint d’humour noir et de violence, dénonce la sphère sociale bourgeoise et l’accuse d’avoir provoqué la guerre : images horribles, subversives et provocantes se succèdent sur l’écran, rappelant un collage (technique utilisée par nombre d’artistes visuels surréalistes) cherchant à établir dans la tête des spectateurs une association directe entre ordre établi et pourriture, en un sens.

Les deux premières représentations publiques de L’Âge d’or, soit l’avant-première, le 22 octobre 1930, et la première, le 28 novembre, sont assez calmes : quelques voix s’élèvent, telle celle d’André Thirion (écrivain et militant politique), mais c’est surtout pour déclamer les de Noailles, des aristocrates qui se croient révolutionnaires et pensent renverser l’ordre établi, alors qu’ils ne connaissent rien de la misère. Le 3 décembre 1930, cependant, les choses s’échauffent : des militants d’extrême-droite et de mouvements antisémites saccagent le cinéma durant la représentation du film, détruisant l’écran et les œuvres de Dalí, de Max Ernst, de Miró, d’Yves Tanguy et de Man Ray accrochées à l’intérieur du théâtre. Devant une telle insurrection, la Commission de la censure française n’a d’autre choix que de saisir le film. Les surréalistes à l’international réagissent fortement et produisent de nombreux tracts, dénonçant la police politique pro-nazie qui les empêche de produire et d’exposer publiquement leur art.

Alors que l’on pourrait croire que c’est là la fin de l’histoire de L’Âge d’or, il reste encore à l’audacieuse œuvre de Dalí et de Buñuel un dernier tour dans son sac : le vicomte de Noailles a conservé la copie non-censurée du film, et, en 1937, elle recommence à circuler, sous le nom de Dans les eaux glacées du calcul égoïste. En 1949, on projette à nouveau le film en public à la Cinémathèque française, et l’interdiction de projection est finalement levée de manière officielle en 1981.

Depuis 1958, des instances culturelles belges décernent le prix de l’Âge d’or annuellement à un film qui, comme celui de Buñuel et de Dalí, va à l’encontre du courant cinématographique international, innove et propose une esthétique différente, autant dans l’écriture que dans la direction artistique. Plusieurs cinéastes notoires, tel que Martin Scorcese (1967), Jean-Luc Godard (1980), Manoel de Oliveira (1985) et Jonas Mekas (2013) ont remporté cet illustre honneur depuis son instigation.

Film l'Âge d'or en vidéo

Citation par Salvador Dali

“Je suis pratiquant, mais pas croyant.”
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Dali
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